L'art de ne pas rompre avec son bar préféré



Tu n'as pas encore mis les mots dessus, mais quelque chose ne va pas dans ta bière. Tu as approché le verre de ton nez et tu as eu un doute. C’est le premier signe. Ensuite, une pointe d’acidité, un petit miem-miem-chais-pas-quoi de bizarre. A partir de là, tu as le choix. Te forcer à boire un truc qui ne te fait pas tant plaisir, ou demander à changer.
J’entends souvent :
"Ce n’est pas grave, ça se boit quand même" (si tu as du mal à finir ton verre, c’est normal, ton cerveau est plus smart que toi)
"Je ne peux pas renvoyer une bière, ça ne se fait pas" (si j’étais coach, je dirais que c’est une croyance limitante)
"Je ne renvoie même pas un plat que je n’ai pas choisi" (alors là je sais pas quoi te dire je ne suis pas coach)
"Je ne sais pas quoi dire au serveur / à la serveuse" (déjà, bonjour)
La bière, qu’elle soit industrielle ou artisanale, nécessite quelques précautions pour conserver ses propriétés organoleptiques (=> pour rester bonne). Des faux-goûts peuvent se développer à cause d’un défaut dans la fabrication, mais également lors du transport et du service. On a déjà parlé de la bière couchée dans le frigo, mais dans un bar c’est plus rarement le cas.
Dans un bar, une bière servie en pression peut être gâtée à cause de bactéries qui se développent dans le système de tirage, soit au niveau du bec, soit dans les tuyauteries.
Un indice : regarde comment les bières sont tirées. Au moment du service en pression, si le bec trempe dans la bière, celle-ci va stagner au bout du robinet, et elle va organiser la bamboche des bactéries. Si les canalisations sont insuffisamment nettoyées, des bactéries peuvent aussi s’y inviter et bousiller la bière.
Enfin, si les verres sont mal lavés, ça joue aussi sur ta dégustation. Tu vois des verres à bières séchées au torchon. Bon bah il ne reste plus qu’à espérer que le torchon soit exceptionnellement propre et exclusivement réservé aux verres et inacessibles aux mains de la personne qui aura coupé les tranches de citron. Prochainement je prépare un dossier complet sur les verres à bières, promis, ça t’aidera à acheter des cadeaux de Noël utiles.
Si, comme moi, tu as développé une peur sociale de gêner, tu devrais être actuellement roulé·e en boule devant ton écran, à mordiller nerveusement l’ongle de ton pouce. Mais c’est important de faire des feedbacks aux commerçant·es. Généralement c'est plus sympa de leur dire de vive voix que de leur jeter un commentaire sur les internets. Parfois cela te permet de détecter celleux qui n’en ont rien à carrer de leurs client·es et c’est une info extrêmement utile pour toi qui te soucies de savoir chez qui part ton argent.
“S’il vous plaît, je voudrais votre avis parce que j’ai un doute sur la bière.”
La première phrase est la plus difficile.
Très souvent, il faut l’admettre, les équipes ne sont pas toujours formées pour répondre à ce type de demandes. Ensuite, partons du principe que la personne qui vous sert la bière est une personne très occupée et sollicitée, qui ne goûte pas tous les produits de son établissement et qu’elle ne boit peut-être même pas de la bière. D’où quelques précautions à prendre pour que ça ne parte pas tout de suite en cacahuètes. A l'inverse, inutile de s'excuser platement pendant 20 minutes.
“Je trouve qu’elle a un goût bizarre, qu'en pensez-vous ?"
Faute de savoir décrire, tu peux exprimer ce que tu ressens. La personne n’a peut-être pas beaucoup de temps à te consacrer, va donc droit au but. Si tu ne sais pas décrire le goût, dis simplement que tu ne sais pas. Pas besoin de parler de l’atelier de dégustation de bières que ton cousin t’a offert pour tes 30 ans et que t’as loupé à cause des confinements de 2020, ni des livres de zythologie que tu t'es offerts pour compenser.
Rester factuel·le et humble, c'est super chouette. Quand bien même tu serais la/le meilleur·e zythologue du monde, la cordialité paie toujours. Si tu as les compétences pour analyser, le vocabulaire pour décrire, il n’est pas nécessaire de donner un cours magistral sur les faux-goûts en plein service à une personne qui n’a rien demandé. Voilà, ménageons-nous et les bières seront bien bues.
Accorder le bénéfice du doute, c’est donner la place à un échange. Exactement comme on pourrait le faire pour un verre de vin qu’on soupçonne d’être bouchonné, demander l’avis de la personne qui vous vend le produit reste la meilleure option. Si le goût est bien conforme au produit vendu, une personne de l’équipe pourra te l’expliquer.
“J’aimerais changer de bière / de boisson / de verre”
Venons-en au fait. Défaut ou pas défaut, ce que tu as commandé et goûté ne te convient pas. Demander à changer constitue une opération relativement acceptable, à condition de le demander avec respect de l'humain, on est toujours dans l’optique de ne pas se friter avec l’établissement.
Sauf exception, l’équipe de l’établissement et toi partagez un objectif commun : que tu ressortes de ce lieu en étant satisfait·e pour revenir plus tard. Un feedback factuel et cordial peut rendre service aux commerçant·es qui peuvent alors rectifier le tir.
Il n’est pas impossible que tu te fasses envoyer buller, mais le risque est rikiki (source : Pinpintomètre 2022). En 20 ans de fréquentation de bars et restaurants, je comptabilise de mémoire :
3 x “je n'ose pas dire mais je le regrette”
3 x “je fais un retour discret et tout le monde est content”
1 x “je quitte le bar parce que le barman est trop odieux”.
Souvent mon entourage s’enfonce dans leur chaise quand j’annonce que je vais demander à changer, non parce que je crée un scandale (j’ai toujours ma peur sociale de gêner, je dis pardon quand les gens me marchent sur les Docs), mais parce qu’ils s'imaginent à ma place.
Ils sont gênés par procuration. Les chouchoux.
Ma conclusion ultra perso : si la bière est de l’amitié liquide, elle me lie aux gens avec qui je la bois, et aux gens qui me la vendent. Je suis donc exigeante sur sa qualité pour que notre relation soit saine et durable.
Bisou.
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