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Ta dose de pop culture des bières

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Par Juliette Phuong
34 articles
2 nov. · 3 mn à lire
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Odeurs au pif

Odorat, inné ou enseigné ? (vla le sous-titre inspiré)

Illustration d'un nezIllustration d'un nez

“Je SAIS que ça sent un truc mais je ne trouve pas quoi !”

Frustrant hein ?

Comme pour la mélodie dont tu ne retrouves pas le titre. Sauf qu’à la différence de la mélodie tu ne peux pas enregistrer ton fredonnement pour demander à quelqu’un d’autre. Avec les odeurs, on est seul·e avec sa perception et sa mémoire. 

Je ne suis pas experte, loin de là, je mets toujours un temps fou pour remettre le nom sur l’odeur. Si en plus des gens guettent ma réponse, le syndrome de l’examen me paralyse et je botte en touche direct. 

Aujourd’hui, quelques astuces de radine pour exercer son nez au quotidien. 

Pourquoi exercer son nez quand on aime la bière ? 

Parce que ce n’est pas enseigné.

L’autre jour, ma fille de 3 ans mangeait ses yaourts industriels, l’un parfumé à la framboise, l’autre à l’abricot. Je la vois renifler les deux pots, l’un après l’autre. 
Je lui demande : Alors ça sent quoi ? 
Elle me tend le pot à l’abricot et me dit fièrement : La mangue ! 
Nous, parents, on sourit cucu-ment de sa candeur inexpérimentée, sauf qu’en prenant le pot abricot et en se figurant la mangue indus, ça passe carrément. 

Cette anecdote, plutôt inutile, me rappelle à quel point on a peu l’occasion d’apprendre les odeurs quand on est petit. 

Autant on avait des exercices à tout va pour identifier les couleurs, autant y a rien pour nous aider à mettre des mots sur les odeurs.

Il y a bien la semaine du goût, mais c’est tout à fait insuffisant pour créer des connexions durables dans ces petits crânes.

Dans ma famille, on cuisine au nez. On a appris à réagir en fonction du changement des couleurs, des textures, mais aussi de l’odeur. Au nez, on savait quand le bouillon était assez chargé en arômes pour le goûter et passer à l’ébullition. Au nez, on repère le moment critique où l’ail est sur le point de brûler dans le wok pour y jeter les légumes à faire sauter. 

Mais on n’avait pas tellement de termes pour désigner, alors pour transmettre, c’est pas évident. C’était donc littéralement au pif. 

Comment on fait ? 

Lorsque je me suis mise à parler de bière, je ne pouvais plus me contenter d’approximations, parce que j’étais en situation de transmission. Je devais aider des personnes à mettre des mots sur ce qu’elles pourraient sentir. 

Pour travailler mon odorat, j’ai fait comme beaucoup de gens, j’ai bu des classiques de la bière, en lisant les fiches de styles, pour tenter d’y recoller les arômes et les odeurs. 

Ensuite, à l’inverse, lorsque je découvre une bière, j’apprends à mettre des mots sur ce que je sens, puis je vais chercher les fiches de dégustation d’autres personnes (pro ou amateurices) pour voir ce que j’aurais loupé. 

Sauf que ça nécessite de boire beaucoup de bières, et que je n’en ai pas toujours envie. 

Pour exercer mon nez, j’ai donc misé sur un apprentissage plus global des odeurs, pour exercer mon cerveau à identifier plus rapidement ce qu’il perçoit. 

Le plus simple, c’est dans la cuisine. Il y a des épices, des produits frais, qui changent tous les jours. J’en reparle à la fin, parce que là, je vais parler des huiles essentielles et des extraits d’arômes.

Où l’on parle des huiles essentielles (HE) et des extraits d’arômes (EXT)

Je les achète dans un magasin spécialisé en produits cosmétiques DIY, pas forcément bio (mon nez, mon choix). Sinon les HE peuvent coûter jusqu’à 10€ le flacon, je trouve ça beaucoup trop cher pour un sniffage ludique. Surtout que je commence à en avoir une bonne collection.

Comment les préparer ? 

Je colle un numéro sous le flacon, je consigne le numéro et le nom sur une fiche, puis je masque le nom sur le flacon. Mes petits flacons anonymesMes petits flacons anonymesJe colle un numéro sous le flaconJe colle un numéro sous le flacon

Mes flacons sont dans une boite, de temps à autre, je pioche quelques flacons et j’essaie de les identifier. 

Comment ça se déroule ? 

Avec un peu de travail, ça vient (lentement) mais ça s’améliore. 

Premièrement, je laisse les images mentales surgir spontanément. Je sens et ça me fait penser à un bonbon, un truc d’enfance, un papier qui se froisse, une couleur bleu / vert, une sensation de frais, un peu écoeurant. 

Ensuite, je fais appel aux odeurs que j’ai déjà en mémoire et je les compare jusqu’à ce qu’une correspondance se fasse. 

Chewing-gum ! 

Menthe ?

Presque, c’était eucalyptus. 

Le loto des odeurs, version DIYLe loto des odeurs, version DIY

Quels avantages avec les huiles essentielles et extraits d’arôme ?

  • Concentrée. L’odeur est isolée, contrairement à ce qui se passe dans les aliments ou la bière. Pour l’apprentissage, c’est plus facile. 

  • Relativement accessible, entre 2 et 5 euros le flacon, dure facilement plusieurs années. 

  • Pratique, on les range dans une boite, on les sort n’importe quand. Attention parce qu’au bout d’un moment, les flacons finissent par sentir un mélange de tous les flacons. 

  • Ludique. si vous recevez des ami·es, regardez qui résiste au jeu de sentir les flacons pour nommer l’odeur)

Les limites de l’exercice

  • Imprécision. Savoir reconnaître l’EXT pain d’épices ne te garantit pas de reconnaître le pain d’épices dans la bière. Le pamplemousse, ça sent pas pareil si c’est sur l’écorce ou dans le jus. 

  • Triche inconsciente. Au bout d’un moment, tu connaîtras les flacons par cœur, par la façon dont ils s’ouvrent, par le bout de lettre qui dépasse. 

Avec quelles HE je démarre ? 

Soyons honnêtes, aucune ne sent la bière. 

Soit, c’est comme apprendre la théorie des couleurs avec la palette de gouache à 2 balles. Certes approximatif, mais c’est un exercice basique auquel ton cerveau pourra se référer. 

Parmi la trentaine d’HE et EXT que j’ai sous la main, seule une petite dizaine me semble adaptée pour la bière. Je continue à en acheter de temps à autre pour les compléter ou remplacer. Je pourrais fournir une lecture critique de chacun des arômes ci-dessous, mais encore une fois, il s’agit surtout d’un outil supplémentaire, facile d’accès, pour développer sa palette olfactive. 

  • fleur d’oranger

  • orange sanguine

  • pamplemousse

  • citronnier

  • coco

  • fruit de la passion

  • combawa

  • pin sylvestre

  • vanille

  • poivre noir

Il a existé de vrais kits professionnels pour exercer son nez aux odeurs de la bière, mais je n’en ai pas retrouvé récemment, je te dirai si je retombe dessus. Oui, on en trouve facilement pour les vins et les spiritueux, mais pour la bière, on attend encore. 

Et si on faisait avec ce qu’on a sous la main ?

Sinon, quelques aliments de la vie courante à sniffer régulièrement pour exercer son odorat

  • le café sous toutes ses formes (en grain, fraîchement moulu, une fois infusé, le liquide chaud, le liquide froid, le fond de la tasse presque vide etc.)

  • le thé sous toutes ses formes (dans la boite à thé, infusé une fois, infusé plusieurs fois, frotté tiède entre les doigts)

  • le citron (l’écorce, l’écorce gratté du bout de l’ongle, le citron fraîchement coupé en deux, le bout de citron qui s’est déshydraté dans le frigo, le jus fraîchement pressé)

  • le pain (croûte, mie, rompu avec les doigts, coupé au couteau, toasté, brûlé)

  • la banane (la peau à l’extérieur, le fruit pas coupé, le coeur)

  • les légumes verts (crus et fraîchement coupés au couteau, décrudits à l’eau ou vapeur, très cuits)

  • toutes les épices de ton placard (coriandre, clou de girofle, poivre)

J’aurais aimé écrire un article sur la perception positive / négative des odeurs, mais cette émission le fait bien mieux.

À dans deux semaines !


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