Retenir pour pisser moins ? Pis quoi encore.


Après tout, c’est la fin du parcours de toute bière qui se respecte.
La question est parfois stratégique. En soirée, dans un bar ou encore dans un festival, boire des bières signifie anticiper le moment où aller faire la queue pour uriner, parce qu’on n’est pas toute seule à avoir envie, évidemment.
J’ai très fréquemment le témoignage suivant : “Lorsque je vais faire pipi dès le début de la soirée, après c’est non stop. Alors je me retiens et ça m’évite de passer ma soirée avec les toilettes”. Ou, plus étonnant : “Il suffit juste de ne pas pisser trop tôt et après ça ira.” (On dirait l’inverse de l’autre, mais non)
L’eau est le premier ingrédient de la bière, dans le sens où il représente 90% du volume de la boisson. Si tu bois 1,5 litre de bière (3 pintes), sachant que le pipi d’une journée c’est déjà environ 1,5 litre (7 fois 250mL), tu as presque doublé ton pipi. Sauf que la bière, c’est pas de l’eau. Merci Madame. La bière a des effets diurétiques, comme ta tisane.
Le houblon a des propriétés diurétiques, tu peux d’ailleurs te faire des tisanes de houblon, c’est utilisé en phytothérapie pour également soulager la nervosité et aider à dormir. En gros, tes reins vont appeler plus d’eau pour diluer les molécules contenues dans la bière avant de les évacuer. Donc boire de la bière pour s’hydrater est contre-productif, comme généralement avec l’alcool mais faut-il vraiment le préciser ?
Si tu vas faire pipi dès que tu en as envie, ton cerveau comprend que c’est ok, donc il continue à envoyer des signaux coeur coeur à ta vessie pour lui dire de se détendre, toute la soirée. Les internets regorgent de conseils pour ne pas faire pipi tout de suite après la première pinte pour éviter de continuer à faire pipi. En gros, décaler l’inévitable.
Se retenir de pisser est sans doute l’inconfort le plus stressant que je connaisse. T’as cette poche de liquide, prête à lâcher n’importe quand, et tout dépend du deal que tu as réussi à faire avec ton cerveau enivré. Parfois ton cerveau oublie, tu te sens mieux, t’as l’impression que le pipi s’est réparti à l’intérieur de toi. Et l’angoisse quand ça revient, puissance Niagara. Vas-y lâche pas bébé, pas maintenant, encore 3 marches, trouver les clés, ne pas se tromper de porte, ne pas faire de bruit, les toilettes sont là, à 60 centimètres derrière la porte (de ton studio parisien). Au final tu pisseras autant, si ce n’est pas sur toi-même.
Vrai, depuis quelques années, sortir de chez moi devient pénible, j’aime être roulée en boule chez moi, je suis très heureuse. Y a plein de termes plus ou moins flatteurs pour ce genre de comportement mais je m’en fous. Mes moments de dégustation de bière sont débarrassés de toute anxiété relative à la miction. Quel luxe.
Les festivals de bières me sont douloureux, car j’y vais pour (re)voir des gens de bières, boire des bières souvent incroyables malgré les conditions déplorables pour l’analyse sensorielle, mais l’étape pipi est toujours horrible. La dernière fois, j’ai regretté de ne pas avoir de pisse-debout avec moi, alors que c’est déjà pas la panacée.
Parenthèse j’ai testé le pisse-debout.
Spoil : ce fut un échec, et pas parce que je me suis fait pipi dessus. Le machin fonctionne très bien, rien à redire, c’est bien fichu, pour peu que tu le maintiennes bien là où il faut. Le problème, c’est mon cerveau de 37 ans qui refuse de faire pipi dans une condition totalement inédite. Habillée + Un machin en plastique collé entre les jambes + Debout = Y a rien qui va.
Ensuite, une fois que Madame mon cerveau a bien voulu let it go, se pose la question pratique de : comment essuyer, démonter et ranger le pisse-debout dans sa pochette, avec le pantalon toujours sur les cuisses, sans mettre du pipi sur mes chaussures, sans rien toucher ni poser dans des toilettes publiques. J’ai essayé plein de trucs différents mais voilà, l’équation selon laquelle je n’ai que deux mains pour faire tout ça reste insoluble pour moi. Je suis preneuse de retours d’expérience et de schéma explicatif.
S’il vous plaît organisateurs et organisatrices de festivals ou salons de bières. Arrêtez de compter sur le mytho moisi de “retenir le 1er pipi”, respectez nos vessies et on vous achètera encore plus de bières. En bonus les alentours de votre lieu ne sentiront pas le pipi “perdu”.
D’abord, si vous faites des toilettes hommes versus femmes, il faut plus de toilettes côté femmes. Pourquoi ? Parce qu’on a (généralement) une vessie plus petite (on y va plus souvent) et parce qu’on passe plus de temps à nous mettre en position de pouvoir faire pipi. Pas comme si on découvrait l’inégalité de la longueur des files d’attentes entre toilettes hommes et toilettes femmes.
Ensuite, quand vous le sentirez, tranquille hein, on ne presse personne, pourquoi pas des toilettes non genrées, mais juste des pissotières pour les gens qui veulent faire pipi debout, et toilettes assises pour les gens qui veulent s'asseoir. Avec beaucoup plus de toilettes assises, si tu as bien tout suivi. J’ai l’impression d’énoncer une banalité outrageante. Mais oui, urinons dans la position qui nous convient, et concentrons-nous sur le plus important : boire des bières en paix.
Bisou !
En savoir plus
https://www.slate.fr/story/172743/toilettes-femmes-file-attente-longue-wc
https://www.liberation.fr/debats/2019/11/20/plaidoyer-pour-des-toilettes-mixtes_1811189/
https://www.terrafemina.com/article/sexisme-que-cache-la-queue-aux-toilettes-pour-femmes_a341064/1
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